Isabelle, itinéraire d’une Enfant de Don Quichotte

Publié: décembre 1, 2009 dans Uncategorized

« Les gens ont piscine à 17h » La jeune femme sourit, mais la colère est perceptible. « Les gens ne sont pas très solidaires, surtout à Toulouse, ajoute-t-elle, tasse de café à la main. Les associations sont trop frileuses. Je tape un peu dessus, mais quand elles remettent des gens à la rue après les avoir aidés, on ne va quand même pas leur dire bravo ». Soupirs. « Comment peut-on rentrer chez soi et se coucher quand d’autres dorment dans la rue ? »

La trêve hivernale a démarré le 2 novembre. Personne ne peut être expulsé d’un logement jusque fin mars, et le dispositif d’accueil et d’hébergement est renforcé. Mais, pour Isabelle B., c’est insuffisant. « Il y a 48 places d’hébergement supplémentaires, soit 2000 places en Haute-Garonne… Mais on compte 6000 sans-abri. Il y a un problème, lance-t-elle. Quand des SDF meurent dans la rue (22 à Toulouse en 2009) alors qu’il y a des logements vides, je me demande comment on peut en arriver là ». Et d’ajouter : « Il ne devrait pas y avoir de trêve, c’est toute l’année que les gens galèrent. »
D’une générosité sans borne, la jeune femme de 35 ans se remémore son enfance. « Je n’ai pas été malheureuse, même si je vivais dans un taudis, à Paris. » Ses yeux pétillent quand elle se souvient des personnes qui ont forgé sa vie. D’abord, sa grand-mère. Couturière à domicile, elle a connu la « vie dure ». Ce qui ne l’a pas empêché de cacher un jeune juif pendant la Seconde guerre mondiale. « Je lui dois beaucoup. Elle m’a transmise ses valeurs, sa bonté. »

Isabelle, qui a vécu « la galère » enfant, désirait aider à son tour. Après une formation d’éducatrice spécialisée, elle travaille au Samu Social. Sa mission : aller à la rencontre des gens de la rue. Au contact de ces âmes en détresse, son engagement grandit. Elle devient bénévole aux Restos du Cœur, à Paris. Mais son besoin d’aider les autres ne s’en trouve pas comblé pour autant. « Quand j’ai vu Augustin Legrand (fondateur de l’association Les Enfants de Don Quichotte, ndlr), j’ai trouvé que ce qu’il faisait était génial. Son appel m’a parlé. Autant que celui de Coluche autrefois », se souvient-elle.

Un engagement sans failles

Fin janvier 2007, elle retrouve une cinquantaine de personnes, place du Capitole. « A la fin, on n’était plus que cinq pour monter quelque chose », s’esclaffe-t-elle. Allées François-Verdier, elle passe cinq mois avec les gens de la rue. Et Participe, entre autre, à la création d’une antenne toulousaine du Dal (association Droit Au Logement) ; puis envahit le Conseil Général de la Haute-Garonne pour soutenir une famille de mal logés ; et enfin squatte un immeuble inhabité, rue Anatole-France, en janvier 2009.

Hyperactive, grande gueule, Isabelle s’est vite retrouvée affublée d’un surnom. Ses compagnons aux Don Quichotte l’appellent « Mère Té ». En souvenir de Mère Teresa, la religieuse qui consacra son temps aux pauvres. Isabelle ne peut s’empêcher de rire. « C’est sûrement parce que je suis sur le terrain et que je materne tout le monde… Mais je suis loin d’être aussi pieuse ! », s’amuse-t-elle.

Son engagement, la militante ne le considère pas comme un sacrifice. « J’ai beaucoup de chance. Je reçois beaucoup, je fais de belles rencontres. Tout cela m’enrichit personnellement ». L’air pensif, elle se remémore l’ambiance lors du dernier campement, cet été, esplanade Montaigu. « Je me suis fait des amis. C’était très dur, à la fin, de se séparer. Beaucoup sont retournés à la rue. » Mais les liens ne se sont pas rompus pour autant. Tous les jeudis, à 17h30, les Enfants de Don Quichotte et les sans-abris se réunissent, pour discuter, s’entraider. Entre amis.

« Remontée », Isabelle déplore la trop grande inactivité des associations. « A Toulouse, on dirait qu’il n’y a pas vraiment d’envie de faire bouger les choses. Quand je vois que les associations n’appliquent pas la loi Dalo, ça me donne la chaire de poule. » Puis de mentionner la « nuit solidaire pour le logement » qui aura lieu dans toute la France, le 27 novembre. « Partout, sauf à Toulouse », sourit-elle, ironique. « Au lieu d’un moment festif, les associations vont se réunir entre elles sur le pont Saint-Pierre… Pour une marche mortuaire. Ce genre de truc me fout les nerfs. C’est une occasion ratée d’attirer les gens ! »

Mais la jeune femme n’entend pas lâcher son rôle de « Mère Té », même si « les tentes, ça fait sûrement peur, mauvais genre. Nos actions portent leurs fruits. Des SDF sont relogés, la préfecture commence à se secouer. »Sourire. « J’aimerais que ça s’arrête, que l’on n’ai plus besoin de nous. Que ceux qui tombent dans la rue soient tous secourus. Il faut rester déterminés. Croire qu’un jour, les choses changeront. » Un dernier sourire, et Isabelle s’éloigne, enfourchant son vélo jaune. Un autocollant, acheté en Espagne, y est collé. Il représente Don Quichotte, justicier rêveur et idéaliste. Tout un symbole.

Les Enfants de Don Quichotte se réunissent chaque jeudi à 17h30 sur les allées Montaigu, à Toulouse.

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commentaires
  1. Odile MAURIN dit :

    je confirme, Isa est vraiment quelqu’un de bien !

  2. […] Isabelle, itinéraire d’une Enfant de Don Quichotte […]

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